Éditorial

30 janvier 2008

L'excentrique Fittoujgitte, en VTT

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La première fois que j’ai rencontré Martin Bouchard, alias « Fitto », il avait une humeur grandiose, non détectable par un sourire, mais plutôt par l’intensité de son regard. Il m’avait bombardé de 100 mots en 30 secondes ; certes, il devait être ce que j’appelle un vrai. Déjà il était à l’aise de tout me dévoiler à son sujet, simplement parce qu’il arrivait tout juste dans le coin, à cinq ou six maisons de chez-moi, sur l’autre rue. C’est juste normal, pour un gars du lac St-Jean.  Heureusement, j’avais su porter assez attention pour comprendre quelques mots clés comme « Martin », « Lamartine » (sa rue), « Chrrhicoutimi » (eh,…Chicoutimi, sa ville natale) et les plus importants « trois roues »…

Même âge, même passion intense pour les VTT, disons que le “click” fût instantané. Il faut comprendre qu’il s’est inscrit en art au Cégep de Valleyfield, même école que moi, et que mon père était prof en art. Tandis que j’essayais de l’écouter plus vite, lui essayait aussi de me rejoindre en ralentissant sa parole. Chaque conversation était toujours plus intéressante que la dernière, car il me racontait toutes ses prouesses en “Big Red” à Chicoutimi. De 15 ans à 18 ans, son “Big Red” lui a servi de véhicule à aller partout. Des rues, des sentiers, c’était tout du pareil. C’était 1985, Martin entrait au Cégep avec ses deux sœurs, que je trouvais bien jolies d’ailleurs. J’ai eu la grande chance de voir le talent de Martin progresser exponentiellement. La fascination des gens devant ses œuvres le poussant toujours encore plus loin. Je me souviendrai toujours le soir où Martin s’était vu refusé accès à L’Excalibur, une boîte branchée du coin. C’était l’Halloween, et  Fitto était vêtu d’une armure hallucinante. Oui tout de métal, une vraie. Fitto n’est pas petit non plus, bâti comme un cheval celui-là. Imaginez un peu la face des gens lorsqu’ils l’apercevaient vêtu de tout ce métal. On lui avait finalement seulement demandé de ne pas entrer avec son épée. Sans blague, ça se comprend, vous auriez dû voir l’épée ! Qu’il était hallucinant ! La conception et la fabrication de ce projet avaient certes demandé un travail inouï.

Maintenant des milliers de personnes le connaissent, des centaines de publications ont parlé de lui. Un véritable virtuose du “Airbrush”, reconnu à travers le monde. Son style très précis et rempli de détails attire tous les proprios de Harleys, qui attendent en ligne, pour personnaliser leurs amours. Des apparitions à la télévision, des tas et des tas de trophées de “Best in show”,  “Best paint”, “Best detail”…toutes sortes d’éloges lui sont lancés dans les “Bike show” les plus grands du monde. Il est vraiment considéré par la plupart des gens du domaine comme un des meilleurs peintres “Airbrush” au monde. Son look et entourage donnent peut-être l’impression d’un dur, pourtant pas un soupçon de malice dans ce gros cœur cherchant toujours à aimer. Pauvres gens qui sont remplis de préjugés, hésitant à l’approcher par peur de le froisser pour un rien. Vous ne savez pas ce que vous manquez ! C’est bizarre mais quand moi je jase avec Martin, je me tords toujours les tubes de rires et ce même quand ça va mal pour l’un, pour l’autre ou même pour les deux. Il a un don pour apercevoir les absurdités de la vie face auxquelles on ne peut que rire en constatant leurs tristesses.

Pourquoi donc parlerais-je de Fitto ici dans le monde du VTT ? Quelques raisons : 1e Parce qu’il est encore plus fou du VTT que moi, comme moi il regardait ses images de 250R à tous les soirs. 2e Ce gars là peut rester sur deux roues indéfiniment. Quand il retombe sur ses quatre roues, c’est parce qu’il manque de place. 1,2,3,4,5, méchant malade ; rendu en cinquième vitesse, c’est vite en chien pour se promener sur deux roues en DS650. Il aurait quasi pu en faire carrière comme le grand Doug Domokos. 3e Il a aussi inventé les “Evil rings”, des renforts de roues au design agressif qui changent complètement le look d’un VTT, un camion ou un VTT/camion. 4e La plus importante raison : son pick-up ! Un VTT ultime ! Rempli d’œuvres d’art partout, même en dessous, sur le différentiel, sur les amortisseurs, soutiens des lames et toutes sortes d’autres pièces. Les barres de suspension arrière découpées au C.N.C. répètent le design des “Evil rings”. Ce qui est complètement fou c’est que Fitto s’en sert, hors route ! Les yeux me fermaient tout seul en le voyant lancer dans un océan de boue et gadoue, ce petit, eh non, gros bijou, sans souci. Pourtant ce camion fabuleux est digne de rester exposé sur des miroirs avec plein de petits cartons avec « Ne touchez pas » écrit dessus, par peur que quelqu’un fasse des traces de doigts. Oui c’est certain qu’il est beau, mais il a vraiment été conçu pour rouler, rouler en …..

Rien ne se compare au son du pick-up VTT ultime de Fitto. Ça crie aigu en même temps que gros, avec l’ajout d’un son de mitrailleuse. Sans blague, il doit y avoir un tas de monde à Châteauguay qui ne l’ont pas vu encore et se demandent quelle sorte de machine ça peut bien être. Bien du monde du coin l’ont vu, mais un beaucoup plus grand nombre de gens l’ont entendu. La meilleure façon de décrire ce son est que vous imaginiez un Harley, un qui pétarasse vraiment, alors maintenant imaginez-le, gros comme une maison. Gros bloc GM 570 pouces cubes, monté sur la coche ! Ouf, ok, Martin me dit qu’il aime ça quand ça « spin au gaz » sur l’asphalte comme avec son DS dans le sable. En fin de compte, maintenant il trouve son DS pas mal vache.

Pour revenir à son talent, je vous invite à faire un petit tour sur www.airbrushfitto.com. Vous y verrez une multitude de ses accomplissements. Moi j’ai surtout été profondément touché par une de ses œuvres, réalisée à l’époque où nous étions encore tous deux en transe, devant la beauté et puissance du ATC250R1985. « Ça fais-tu vraiment vingt ans ? » Le dessin de ce squelette poussant son ATC 250R, sans souci d’égratignures vu son absence de peau ; sans souci de la mort vu son état déjà lamentable. “Fittoujgitte” : un démon certains diront par réflexe en voyant une tête de mort. Pourtant, il n’est peut-être qu’un simple mort, revenu ici parce qu’il n’y a pas de dune de sable là-bas. Fruit de l’imagination de Martin, “Fittoujgitte”, c’est tout et ce n’est rien en même temps. Ce qu’il représente vraiment pour lui, c’est un mystère. Le plus beau de l’art est qu’on peut interpréter toute œuvre à son goût ou à ses propres besoins. Pour moi, il représente la persévérance, le désir du rien de compliqué, l’ultime évasion. Il a passé à travers déjà toute une vie, rien n’est plus attendu de lui, il peut “rider” en paix sans aucune crainte, aucune limite, à cracher du sable pour l’éternité. Fittouuujjgitttttte ! Forever…